Comme je vous l'ai promis, je vais vous parler de la politique en Tunisie.
Le débat, la démocratie, les élections libres, la dictature, le flicage, la propagande, etc.
Donc, le Président Zine el Abidine Ben-Ali est dictateur tunisien. Un peu d'histoire d'abord:
Le leader historique de la Tunisie est Habib Bourguiba, celui qui a arraché l'indépendance à la France sans trop de dégâts. Après, au terme d'élection à peu près libres, il a été élu Président. Au
départ, il a fait de la Tunisie une démocratie: laïcité, avancées énormes dans le droit des femmes, politique économique très efficace (en tout cas plus qu'au Maroc ou en Algérie, encore
aujourd'hui). Et puis après, il a été réélu, réélu, réélu..... jusqu'à devenir complètement sénile. Il s'est alors attribué le rôle de Président à vie. Il a commencé à faire un peu n'importe quoi,
mais plus personne n'osait le déloger..... parce que c'était Bourguiba.
Jusqu'au 7 novembre 1987 (cette date est partout; tout village en Tunisie a une place du 7 Novembre), où le général Ben-Ali le renvoie à Monastir, dans sa famille.
Ben-Ali a continué la politique de Bourguiba, avec une nouveauté: au nom de la lutte contre le terrorisme, il a tout fliqué. Aujourd'hui en Tunisie, on compte près d'un flic pour 3 habitants. A
l'entrée de chaque ville, il y a un contrôle de police; ne comptez pas faire des trucs interdits, vous avez une chance sur 4 d'être devant un flic et d'aller en prison ^^.
Alors que Bourguiba avait toujours refusé de vivre dans un gourbi aux frais de l'Etat (palais de l'Elysée, fort de Brégançon.....), Ben-Ali n'a pas hésité à se faire construire partout dans le pays
de somptueuses baraques. A propos de ces baraques, quelques règles:
-la route qui y mène est longue, droite et surveillée par des flics (militaires?) à mitraillette
-si le gourbi donne sur une route fréquentée, vous verrez un garde à mitraillette tous les 20 mètres à peu près et vous serez priés de vous mettre sur le trottoir d'en face si vous passez à
pied.
-interdiction absolue de photographier tout bâtiment officiel, sous peine de vous voir confisquer la pellicule (l'appareil s'il est numérique?) et de passer un mauvais moment en compagnie de flics
à mitraillette.
A propos des bâtiments officiels, tout ce qui a trait à la politique (propagande, gouvernorat, ou simple petit truc d'Etat) n'est pas écrit en double langue, mais seulement en arabe, pour ne pas
trop éveiller les soupçons des pouristes.
Ben-Ali est réélu à chaque élection, car il était le seul candidat, évidemment.
La presse est muselée, très, très, très fort. Le seul journal francophone du pays (
Le Renouveau, pour ne pas le citer) a une Une très explicite: la moitié de la Une est consacrée à ce qu'a
fait le Président Ben-Ali aujourd'hui (les 2/3 si c'est important). Même s'il a mangé une pomme, c'est dans le journal. Un exemple: le jour où il avait prononcé un discours sur l'"excellente"
politique gouvernementale en metière d'aide aux entreprises, ça prenait 4 pages. Les attentats de la veille perpétrés par Al-Qaïda à Alger (pays voisin, quand même) prenaient, eux, une
demi-page.
Les Tunisiens ont un discours pour touristes appris par coeur, qui dit que ce que fait le Président et surtout ce qu'a fait Bourguiba est très bien.
La Ligue tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH) lutte sans arrêt pour exister.
Donc, Ben-Ali n'est pas un tyran sanguinaire, mais ce n'est pas non plus un grand démocrate.
Liberté d'expression